mercredi 11 novembre 2009

Ces criminologues qui murmurent à l’oreille de MAM









Vu sur http://www.altermonde-sans-frontiere.com/
Source: Siné Hebdo N° 61 du 4 novembre 2009



Par Serge Quadruppani


L’arrestation de Coupat a permis à l’État de mettre en avant deux théoriciens du « décèlement précoce » du terrorisme : Raufer et Bauer.

Michèle Alliot-Marie, en février 2009, justifiait l’énergie déployée pour monter le spectacle appelé « Affaire de Tarnac » par « la résurgence de groupes très radicaux et souvent violents ». Et d’inviter ses interlocuteurs à l’aider dans la lutte contre des gens qui « contestent l’État, contestent l’autorité ».



Mais à qui demandait-elle de « créer de la part de l’opinion publique un rejet de ces groupes » ?
Au « Mouvement Initiative et Libertés » (Mil), devant lequel elle s’exprimait à l’occasion de ses assises nationales. Créé en 1981, le Mil a accueilli les transfuges et les dirigeant du très à droite Service d’Action Civique (Sac), peu après la dissolution de celui-ci en 1982, à la suite de la fameuse tuerie d’Auriol, commise par certains de ses membres. En 2009, la ministre de l’Intérieur invite donc les « milistes » (je n’ai pas dit « miliciens ») à jouer sur le besoin d’État qui travaillerait la population. Les gens, selon elle, seraient « mieux disposés » à « isoler » ceux qui attaquent l’État. « À condition d’y croire. Je dis bien à condition d’y croire. »

Pour produire cette croyance dont la ministre expose avec insistance la nécessité, le duo Xavier Raufer-Alain Bauer s’est depuis longtemps imposé. Binôme bien dans l’air du temps : Raufer (de son vrai nom Christian de Bongain) vient d’Occident et des réseaux de la guerre froide, tandis que Bauer a commencé du côté de Michel Rocard et du Grand Orient de France. Le premier a créé au sein de l’Institut de criminologie de l’Université Paris II (avec l’aide d’un prof du Front National) le Département de Recherches sur les Menaces Criminelles Contemporaines (Drmcc), tandis que Bauer a eu droit récemment à une chaire de criminologie créée spécialement pour lui au Conservatoire des Arts et Métiers. L’un et l’autre enseignent dans ces hauts lieux démocratiques que sont, en Chine, l’École supérieure de police criminelle et le Centre de recherche sur le terrorisme et le crime organisé. Bauer, dont la société de conseil en sécurité accumule les contrats juteux avec les collectivités locales et les entreprises, se flatte d’avoir attiré l’attention d’Alliot-Marie sur Coupat.


Voilà longtemps que l’on sait à quoi s’en tenir sur la « science » du duo. En 1998, leur Que sais-je ? intitulé Violences et insécurités urbaines était déjà remarquable par la prédominance de l’idéologie sur l’analyse empirique, alors même que les auteurs prétendaient s’en tenir aux faits. Ils ont persévéré dans La Face noire de la mondialisation, publié aux prestigieuses éditions du CNRS, avec un discours similaire et une supposée « trouvaille », la seule : le « décèlement précoce ». On a eu une démonstration de ce qu’ils entendaient par là avec l’affaire de Tarnac. En avril 2009, Bauer expliqua, sur France 2, que les « prémisses étaient les mêmes » entre les gens de Tarnac, Action Directe et les Brigades rouges ! Le 19 octobre, le même s’exprimait – en qualité de président du groupe de contrôle des fichiers de police et de gendarmerie – dans Libération à propos de la volonté affichée par Hortefeux de créer deux nouveaux fichiers : « Il s’agit de fichiers de renseignements sur des personnes qui n’ont pas commis d’actes répréhensibles mais qui sont susceptibles de le faire » (sic). Décèlement précoce, là encore !
Et une fois ce décèlement opéré, une fois les personnes susceptibles de commettre des actes répréhensibles dûment fichées, que fait-on ? Dans leur livre, nos experts proposent rien moins que de « nettoyer » le « terrain criminel », c’est-à-dire l’ensemble du « cadre social et économique ». « Infiniment plus efficace que la démarche consistant à saucissonner l’ensemble en mille procédures tatillonnes, pathétiquement lentes et finalement inutiles, selon des codes dépassés… », assurent-ils.

Telle est la pensée qui inspirait la ministre de l’Intérieur, aujourd’hui ministre de la Justice, quand elle s’adressait à une organisation connue pour mener la chasse aux grévistes et aux gauchistes. Et qui, en 1968, dressaient des plans pour regrouper les gens de gauche dans des stades…

In Siné Hebdo N° 61 du 4 novembre 2009


+ Lire aussi: une version plus détaillée de cet article.



  
SOUVENEZ VOUS:
Nous vous en parlions déjà le 25/09/2009, dans "MAM DE MIL".






http://ultrahumandignity.blogspot.com/2009/09/mam-de-mil.html







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