vendredi 25 septembre 2009

Il était une fois, le "storytelling"




Dans le vieux tiroir aujourd'hui j'ajoute quelques documents et liens qui traitent des usages sociaux du récit, à travers le "storytelling" qui est décliné dans de nombreux domaines, du manadgement dans les entreprises, aux politiques et leur "spin doctor" en passant par l'industrie des "va-t-en-guerre".

D'après Christian salmon :" C'est un hold-up sur la narration pratiqué par toutes sortes de machines d'influence, des machines idéologiques liées au néo capitalisme mondialisé."(...) "Raconter est devenu un moyen de séduire et de convaincre, d’influencer un public, des électeurs, des clients. Cela signifie aussi : partager, transmettre, des informations, une expérience. Configurer des pratiques, des savoir-faire. Formaliser des contenus, formater des discours, des rapports. Le storytelling, ce n’est pas seulement des histoires, c’est un format discursif ou, pour parler comme Michel Foucault, une “discipline”."


• Questions à Christain Salmon


Comment en est-on arrivé là ?

Dans les années 1960, l'idée de Roland Barthes selon laquelle le récit est l'une des grandes catégories de la connaissance a donné naissance à une nouvelle science du récit qualifiée par Tzvetan Todorov de narratologie et développée en France autour de chercheurs comme Greimas, Genette, et aujourd'hui Jean-Louis Schaeffer. Elle a coïncidé avec ce qu'on a appelé aux États-Unis le « narrative turn », un tournant narratif touchant une série de disciplines. Historiens, juristes, physiciens, économistes et psychologues ont alors redécouvert ensemble le pouvoir qu'ont les histoires de constituer une réalité. Cet « impérialisme narratif », étayé par l'explosion d'Internet et des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), se propageant aux sciences de l'organisation et au management, a donné naissance à ce qu'on qualifie aujourd'hui de « storytelling management ». C'est une réponse à la crise des grandes organisations bureaucratiques et hiérarchiques au profit d'un nouveau modèle d'entreprises devant être capables de s'adapter à un changement permanent. Cette idéologie supposant désormais que chacun s'immerge et se soumette à une fiction commune, celle de l'entreprise, comme on se laisse captiver par un roman.

Quels sont les dangers de ce détournement ou perversion des récits ?

C'est d'abord la banalisation du concept de récit, avec la confusion entre un véritable récit (narrative) et un simple échange d'anecdotes (stories). Ensuite, utilisé à des fins de gestion ou de contrôle, le risque évident de manipulation transformant les salariés en cobayes, ce que les théoriciens du management appellent des « expériences tracées ». Enfin, cette « machine à raconter » – qui s'est emballée depuis le 11 septembre 2001 – assure le contrôle des individus qu'elle formate bien plus efficacement que toutes les imageries orweliennes de la société totalitaire : le sujet de ce nouvel ordre narratif n'est plus le consommateur aliéné ni le travailleur exploité, ni même le citoyen endoctriné, mais un individu envoûté, pris dans un filet narratif qui filtre les perceptions, stimule les affects et conduit les conduites. Une évolution que le cinéaste danois Lars Von Trier a bien vu venir affirmant dans son manifeste intitulé Défocaliser : « L'ennemi, c'est l'histoire ! »
source: www2.cnrs.fr



• Un documentaire en 3 parties (50min), "L'art de raconter des histoires (storytelling)"





•L'ère du storytelling paru sur plusconscient.net

Au début des années 70, le Watergate marque l'émergence du 4ème pouvoir: les médias réussissent l'impensable, faire tomber le président des Etat-Unis. Mais à partir de ce moment, les gouvernements commencent à organiser l'information, notamment en prenant le contrôle de l'agenda médiatique. Aujourd'hui, le storytelling (art de raconter une histoire) est depuis plusieurs années le nouveau moyen de manipulation de l'opinion, utilisé pour la promotion des marques aussi bien que des hommes politiques. Dans cette conférence publique, Christian Salmon développe ce thème, lequel fait l'objet dun livre,"Storytelling - Une machine à fabriquer les histoires et à formater les esprits"(Éd. La Découverte).

Année: 2007
Durée: 1 H 13' 07''



Téléchargement du document audio disponible sur: http://plusconscient.net/societe/77-francais/106-lere-du-storytelling


• Extrait de "Ingénierie sociale et mondialisation" par le Comité Invisible


(...) Ainsi que l’avance dans un essai le célèbre pirate informatique Kevin Mitnick, l’ingénierie sociale serait L’art de la supercherie ; plus précisément l’art d’induire autrui en erreur et d’exercer un pouvoir sur lui par le jeu sur les défaillances et les angles morts de son système de perception et de défense. Illusionnisme et prestidigitation appliqués à tout le champ social, de sorte à construire un espace de vie en trompe-l’oeil, une réalité truquée dont les règles véritables ont été intentionnellement camouflées.

Ces techniques de manipulation s’appuient sur ce que l’on appelle les « sciences de la gestion », nébuleuse de disciplines qui ont commencé à constituer un corpus cohérent à partir des années 1920 et dont la théorie de l’information et la cybernétique résument les grandes lignes idéologiques : à savoir, les êtres vivants et les sujets conscients sont des systèmes d’information susceptibles d’être modélisés, contrôlés, voire piratés au même titre que les systèmes d’information non-vivants et composés d’objets non conscients. Pour les plus connues, ces disciplines gestionnaires sont le marketing, le management, la robotique, le cognitivisme, la psychologie sociale et behaviouriste (comportementale), la programmation neurolinguistique (PNL), le storytelling, le social learning, le reality-building. Le point commun de ces disciplines réside dans leur rapport à l’incertitude, qu’elles tentent toujours de réduire au minimum, si possible à zéro. (...)



• Pour finir, je ne résiste pas à ajouter un traité de "storytelling" appliqué tel qu'il est enseigné aux sbires du marketing et aux vendeurs par un de leur spécialiste qui critique d'ailleurs la position de Christian Salmon

(icone en haut à droite pour mettre en plein écran)


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