vendredi 25 février 2011

SORTIE IMMINENTE ! QUASI MAM OUT !










ENFIN RÉCOMPENSÉE
POUR L'ENSEMBLE
DE SON ŒUVRE !?!












jeudi 24 février 2011

Paris-Texas, une proposition politique des mis en examen de Tarnac












Paru sur Le Monde avec un titre amputé, le 24 février 2011.


"Printemps des peuples arabes", "révolution en marche", "transition démocratique", "fin de la dictature". Les grandes machines discursives sont de sortie. Il n'en faut pas moins pour parvenir à présenter le renversement des régimes pro-occidentaux du Maghreb comme de nouvelles victoires de l'Occident, et le triomphe inespéré de ses valeurs.
La fièvre révolutionnaire qui s'est récemment emparée des plus prudents éditorialistes témoigne d'abord de l'intense réaction immunitaire à quoi l'événement accule le discours dominant. On répond par un violent accès d'orientalisme à la nécessité de disposer, au plus vite, entre nous et les bouleversements en cours, un solide cordon sanitaire. On s'émerveille de ces "révolutions" pour mieux esquiver les évidences qu'elles nous jettent au visage pour mieux dissoudre le trouble qu'elles suscitent en nous.
Faut-il qu'elles soient précieuses, les illusions qu'il s'agit d'ainsi préserver, pour que l'on se répande partout en pareilles apologies de l'insurrection, pour que l'on décerne la palme de la non-violence à un mouvement qui a brûlé 60 % des commissariats égyptiens. Quelle heureuse surprise de soudain découvrir que les principales chaînes d'information sont entre les mains des amis du peuple !
Or voilà : si les insurgés de l'autre côté de la Méditerranée disent : "Avant, nous étions des morts-vivants. A présent, nous nous sommes réveillés", cela signifie en retour que nous, qui ne nous insurgeons pas, nous sommes des morts-vivants, que nous dormons. S'ils disent : "Avant, nous vivions comme des bêtes, nous vivions dans la peur. A présent, nous avons retrouvé confiance en nous, en notre force, en notre intelligence", cela signifie que nous vivons comme des bêtes, nous qui sommes si évidemment gouvernés par nos peurs.
Ceux qui peignent aujourd'hui aux couleurs les plus lugubres l'impitoyable dictature de l'atroce Ben Ali ne le trouvaient-ils pas hier encore si fréquentable ? Il faut donc qu'ils mentent aujourd'hui, comme ils mentaient hier. Le tort de Michèle Alliot-Marie réside d'ailleurs là : avoir dévoilé en quelques phrases à l'Assemblée nationale que, derrière tant de dissertations d'écoliers sur la différence entre leurs dictatures et nos démocraties, se cache la continuité policière des régimes; en quoi les uns sont certes plus experts et moins grossiers que les autres.
On peut détailler ad nauseam la brutalité de la répression sous Ben Ali. Il n'en reste pas moins que les doctrines contre-insurrectionnelles – l'art d'écraser les soulèvements – sont désormais la doctrine officielle des armées occidentales, qu'il s'agisse de les appliquer en banlieue ou dans les centres-villes, en Afghanistan ou place Bellecour à Lyon. Le feuilleton hebdomadaire des petits mensonges et des misérables combines de Mme Alliot-Marie ne saurait effacer le véritable scandale : avoir traité de "situation sécuritaire" une situation révolutionnaire. Si nous n'étions pas occupés à tresser des couronnes de jasmin ou de lotus aux révoltes du Maghreb, peut-être n'aurions-nous pas déjà oublié que Ben Ali, quatre jours avant de disparaître dans les poubelles de l'histoire, avait parlé des émeutes de Sidi Bouzid comme d'"impardonnables actes terroristes perpétrés par des voyous cagoulés". Ou que son successeur a cru apaiser la colère du peuple en annonçant comme première mesure l'abrogation de "toutes les lois antidémocratiques", à commencer par les lois antiterroristes.
Si nous refusons de tenir pour miraculeux l'enchaînement qui mène de l'immolation de Mohamed Bouazizi à la fuite de Ben Ali, c'est que nous refusons d'admettre comme normale, à l'inverse, l'indifférence feutrée qu'a partout rencontrée pendant tant d'années la persécution de tant d'opposants. Ce que nous vivons, nous et une certaine jeunesse politisée, depuis trois ans, y est certainement pour quelque chose. Dans les trois dernières années, nous dénombrons en France plus d'une vingtaine de camarades qui, toutes tendances confondues, sont passés par la case prison, dans la plupart des cas sous prétexte d'antiterrorisme et pour des motifs dérisoires – détention de fumigènes, introduction de glu dans des distributeurs de billets, tentative ratée d'incendie de voiture, collage d'affiches ou coup de pied.
Nous en sommes arrivés en janvier au point où la magie du signalement sur le fichier des "anarcho-autonomes" a mené une jeune femme en prison – pour un tag. Cela se passe en France, et non en Russie, et non en Arabie saoudite, et non en Chine.
Chaque mois désormais, nous apprenons qu'un nouveau camarade a été prélevé en pleine rue, que l'on a intimé à telle amie, après bien d'autres, de devenir indic en échange de l'impunité ou d'un salaire ou de conserver son poste de professeur, que telle connaissance a, à son tour, basculé dans la dimension parallèle où nous vivons désormais, avec ses cellules miteuses, ses petits juges pleins de haine rentrée, de mauvaise foi et de ressentiment, avec ses insomnies, ses interdictions de communiquer, ses flics devenus des intimes à force de vous épier. Et l'apathie qui vous gagne, l'apathie de ceux qui vivent "normalement" et s'étonnent, l'apathie organisée.
Car c'est une politique européenne. Les rafles régulières d'anarchistes en Grèce ces derniers temps le prouvent. Aucun régime ne peut renoncer au broyeur judiciaire, quand il s'agit de venir à bout de ce qui lui résiste. La culpabilité est une chose qui se produit. Comme telle, c'est une question d'investissement, financier, personnel. Si vous êtes prêt à y mettre des moyens hors normes, vous pouvez bien transformer une série de faux procès-verbaux, de faux témoignages et de manœuvres de barbouzes en dossier d'accusation crédible.
Dans l'affaire dite de Tarnac, la récente reconstitution de la nuit des sabotages, si longtemps réclamée par la défense, en a administré le plus bel exemple. Ce fut un de ces moments d'apothéose où éclate, jusque dans les détails les plus infimes, le caractère de machination de toute vérité judiciaire. Ce jour-là, le juge Fragoli a su occulter avec art tout ce qui démontre l'impossibilité de la version policière. Il devenait subitement aveugle dès que l'indocile réalité contredisait sa thèse. Il a même réussi à mettre les rédacteurs du faux PV de filature à l'abri de la contradiction, en les dispensant d'être là. Et cela était en effet superflu, puisque tout ce petit monde s'était déjà transporté sur les lieux, une semaine auparavant, en privé et en douce.
A dire vrai, qu'il ait fallu contrefaire la reconstitution suffit à montrer que le procès-verbal lui-même était contrefait. C'est sans doute cela qu'il a fallu abriter des regards en bouclant la zone par des murs de gendarmes appuyés de brigades cynophiles, d'hélicoptères et de dizaines de brutes de la sous-direction antiterroriste.
A ce jour, il en aura coûté quelques millions d'euros pour transformer en instruction bien ficelée des fantasmes de flics. Il importe peu de savoir à qui, pour finir, on imputera les actes qui furent le prétexte de notre arrestation. Quant à nous, nous plaignons d'ores et déjà le tribunal qui aura à faire passer pour du terrorisme la pose de quelques innocents crochets, maintenant que bloquer les flux est devenu le moyen d'action élémentaire d'un mouvement de masse contre la réforme des retraites.
Le silence frileux des gouvernants européens sur les événements de Tunisie et d'Egypte dit assez l'angoisse qui les étreint. Le pouvoir tient donc à si peu. Un avion décolle et c'est tout un édifice de forfaiture qui tombe en miettes. Les portes des prisons s'ouvrent. La police s'évanouit. On honore ce qui hier encore était méprisé, et ce qui était l'objet de tous les honneurs est maintenant sujet à tous les sarcasmes. Tout pouvoir est assis sur ce gouffre. Ce qui nous apparaît, à nous, comme démence sécuritaire n'est que pragmatisme policier, antiterrorisme raisonné.
Du point de vue du gestionnaire de situations sécuritaires, l'ordre public n'aurait jamais été ébranlé, et Ben Ali serait encore tranquillement président, si l'on avait réussi à neutraliser à temps un certain Mohamed Bouazizi.
C'est à l'évidence, dans les banlieues comme dans les mouvements de révolte, la chasse aux Bouazizi, aux fauteurs d'insurrection potentiels qui est lancée, et c'est une course contre la montre; car, de Ben Ali à Sarkozy, qui règne par la peur s'expose à la fureur.
Monsieur le président, il y a des ranchs à vendre au Texas, et votre avion vous attend sur la piste de Villacoublay.



Aria, Benjamin, Bertrand, Christophe, Elsa, Gabrielle, Julien, Manon, Matthieu et Yildune,
sont les dix personnes mises en examen dans l'affaire dite "de Tarnac"






mercredi 23 février 2011

Tarnac: l'infiltré britannique




Paru le 22/02/11 sur www.lexpress.fr

Selon nos informations, Mark Kennedy, un agent des services britanniques infiltré au coeur des mouvements "alter", a livré des précisions importantes sur les déplacements de Julien Coupat à l'étranger.


Ce fut longtemps le secret le mieux gardé de l'"affaire de Tarnac": un agent britannique, infiltré au coeur des mouvements altermondialistes et environnementalistes européens, a joué un rôle important dans cette enquête.

De 2002 à 2009, ce policier de 41 ans, Mark Kennedy, a renseigné sa hiérarchie sur les coulisses des milieux "alter". Au passage, les autorités françaises ont également profité de ses informations. Ainsi, c'est en partie grâce à lui que la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) a pu reconstituer les déplacements à l'étranger de Julien Coupat, considéré par la police comme le chef de file du "groupe de Tarnac". Dix de ses membres ont été mis en examen dans une procédure pour acte terroriste, après le sabotage, en novembre 2008, d'une ligne de TGV, en Seine-et-Marne. Une accusation qu'ils contestent fermement.

Mais, comme dans les films d'espionnage, l'agent Kennedy, alias Mark Stone, vient de faire défection, passant dans le camp altermondialiste. Il s'apprête même à écrire un livre sur son aventure! Consacrera-t-il un chapitre à Tarnac?




L'agent Kennedy a fait défection,
passant dans le camp altermondialiste.

http://www.guardian.co.uk/






+ Un article paru en janvier 2011 sur Courrier International :
Un espion chez les écolos





•Pour mémoire :

"Quand la brigade criminelle de Paris cherche à acheter un camarade..."
http://nantes.indymedia.org/article/22865


"22 v’là la SDAT"
http://ultrahumandignity.blogspot.com/2010/02/22-vla-la-sdat.html
http://rebellyon.info/22-v-la-la-SDAT.html






dimanche 20 février 2011

Les Marchands de peur

Parution février 2011 aux éditions LiBERTALIA




Les Marchands de peur
La bande à Bauer et l’idéologie sécuritaire


La peur est un outil politique fondamental pour les classes dominantes. Transformée en marchandise, elle constitue le secteur d’activité d’idéologues organisés pour vendre ces produits aux gouvernements et aux complexes industriels.

En France, la bande à Alain Bauer constitue la manifestation la plus exemplaire de cette collaboration intensive entre éléments de la classe politique, de la police, de l’armée, de l’industrie, de l’Université et des grands médias.

En étudiant cette bande et ses réseaux, leur positionnement dans le champ de la production du contrôle, ce qu’ils disent et font, leur histoire, leurs profits et leurs stratégies, l’auteur met à disposition des cartes et des outils pour attaquer la dimension idéologique des sociétés de contrôle.

L’auteur

Mathieu Rigouste est chercheur en sciences sociales, rattaché à l’université Paris-VIII. Il décortique les mécanismes de la domination sécuritaire. Il est l’auteur de L’Ennemi intérieur, (La Découverte, 2009). Pour Libertalia, il a préfacé le Manuel du guérillero urbain de Carlos Marighela.




Extrait:






ACHETER EN LIGNE





Tarnac : les mis en examen vont déposer trois plaintes contre la police

dernière mise à jour le 23/02/11

Paru le 20/02/11 sur www.lesinrocks.com




Julien Coupat et Yildune Levy portent plainte contre la police pour faux et usages de faux en écriture publique, subornation de témoin et interceptions illégales.

Un nouveau round commence dans le combat qui oppose le “groupe de Tarnac”, mis en examen pour des actes terroristes, aux policiers et juges chargés de l’enquête. Après avoir demandé la requalification des faits en simples sabotages - refusé en mai 2009 - l’annulation de pièces de la procédure - refusé en octobre 2010 - et la réalisation de plusieurs actes d’enquête qui pourraient les disculper - refusé ou ajourné - les mis en examen passent à l’étape supérieure.

Selon les informations recueillies par Les Inrocks, ils vont déposer trois plaintes (contre X mais visant clairement les policiers de la sous-direction antiterroriste, Sdat) pour interceptions illégales, subornation de témoin et surtout faux et usages de faux en écriture publique.

Julien Coupat et Yildune Lévy espèrent ainsi démontrer devant la justice que le procès-verbal de leur filature, dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, et les versions policières successives tendant à le contredire plutôt qu’à le confirmer, constituent une manoeuvre de la Sdat pour affirmer leur culpabilité sans preuve.

Le PV 104, un faux?

Cette nuit-là, une vingtaine d’agents de la Sdat et de la DCRI suivent une Mercedes occupée par deux “membres de la mouvance anarcho-autonome”, en Seine-et-Marne. Les policiers voient le couple s’arrêter dans une pizzeria, dormir quelques heures dans la voiture à Trilport puis reprendre la route avant de stationner à nouveau, à proximité d’une voie ferrée sur la commune de Dhuisy. Puis leur véhicule retourne à Paris.

Au petit matin, près de l’endroit où s’était garée la voiture, le passage du premier TGV provoque une gerbe d’étincelles qui attire l’attention des policiers. Les suspects sous surveillance ont-ils commis un acte de sabotage?

Sur la foi du procès-verbal de filature dressé ce jour-là, désormais connu sous le nom de “PV 104”, Julien Coupat et Yildune Lévy sont arrêtés, mis en examen et écroués pour direction d’une association de malfaiteurs à vocation terroriste. Ils risquent la cour d’assises spéciales, même s’il n’y a eu ni morts ni blessés, le trafic SNCF ayant simplement été perturbé. Ni photos sur les lieux, ni traces ADN, ni aveux ne viennent prouver leur culpabilité.

Le rapport des policiers renforce les doutes

Plus de deux ans après l’ouverture de l’enquête, dans laquelle dix personnes sont mises en examen, le récit de cette nuit de filature varie selon les policiers interrogés et les contradictions apportées par la défense. Impossibilités temporelles, divergences entre les observations : le déroulement de ces quelques heures reste si flou que le juge d’instruction a exigé des policiers, un an après les faits, qu’ils s’expliquent sur le compte-rendu. Ils ont rendu leur rapport en juin.

Les nouvelles pièces d’exécution, qui devaient “préciser” certains points incohérents de l’enquête de police, n’ont ajouté que de nouvelles invraisemblances”, estiment les avocats des mis en examen, maîtres William Bourdon, Jérémie Assous et Thierry Lévy.

Montage policier ou travail de cochon? En tout cas, le résultat décrédibilise largement le professionnalisme de la police antiterroriste. Les incohérences de l’enquête et les questions sans réponses ont décidé Julien Coupat et Yildune Levy à porter plainte pour faux et usages de faux en écriture publique. Ce crime, s’il est commis par des personnes dépositaires de l’autorité publique, est puni de 15 ans de prison et 225000 euros d’amende.

Ils porteront plainte également pour subornation de témoin : une connaissance de Julien Coupat avait témoigné contre eux anonymement, avant de se rétracter, parlant de pressions policières visant à orienter son témoignage dans le sens de l’accusation.

Une plainte pour des écoutes illégales de l’épicerie de Tarnac, effectuées avant le début de l’enquête préliminaire et découverte par hasard par un agent de France Télécom, vient compléter le tableau.

Deux perches tendues au bon moment

Ce vendredi, le Nouvel Obs se fait l'écho d'une nouvelle piste, opportunément communiquée par les enquêteurs quelques jours avant le dépôt des plaintes dont nous avons eu connaissance.

En février 2010, la brigade fluviale avait fouillé la Marne, qui passe à 20 km des voies TGV. Elle y trouve deux tubes en PVC longs de deux mètres, qui emboîtées l’une dans l’autre à l’aide d’un manchon recouvert de scotch auraient pu servir à hisser le crochet sur la caténaire. Pas d’ADN, des “preuves matérielles” recueillis un an et demi après les faits, peu importe : selon la police ce sont probablement les perches dont se serait débarrassées Julien Coupat dans la rivière lors d’un arrêt sur la route du retour.

Reste quelques questions : Pourquoi fouiller la Marne plus d’un an et demi après les faits? Comment attribuer à Julien Coupat, qu’aucun policier n’a vu sortir les perches et les jeter à l’eau, l’achat en liquide de ces objets lors d’un instant où il aurait échappé à la surveillance policière? Pourquoi la police ne mentionne-t-elle que maintenant l’existence d’une balise GPS sur la Mercedes, dispositif illégal s’il n’est autorisé par un juge des libertés et de la détention?

Lire l'intégralité de l'article dans Les Inrockuptibles n°795 du 20 février 2011.






+ La réaction de Me Assous sur Europe1 le 22/02/11 :


"Ils étaient sur la lune les policiers !"